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PRINCIPALES INFORMATIONS

Nom officiel : République de Cuba  
 
 
Données géographiques 
 
Superficie : 110.922 km²  
Population : 11,25 millions d’habitants (2003)  
Capitale : La Havane - 2,3 millions d’habitants  
Villes principales : La Havane, Santiago de Cuba, Camagüey  
Langue (s) officielle (s) : Espagnol  
Monnaie : Peso  
Fête nationale : 1er janvier  
 
 
Données démographiques 
 
Croissance démographique : 0,03 % (2003)  
Espérance de vie : 76,5 ans  
Taux d’alphabétisation : 96,8 %  
Indice de développement humain (Classement ONU) : 0,806 ; 52ème  
 
 
Données économiques 
 
PIB : 33,2 Mds Us $ (2004) ; 31,6 Mds US $ (2003)  
(France : 1 551 milliards d’euros en 2003)  
PIB par habitant (2004) : 2 950 US $  
(France : 25 260 euros en 2003)  
Taux de croissance : entre 8 et 11 % (2005) ; 5% (2004) ; 2,6 % (2003)  
Taux de chômage : 3,1 % (2003)  
Taux d’inflation :3,7% (2005) ; 2,9 % (2004)  
Solde budgétaire : -3,5 % PIB en 2004 (- 3,4 % en 2003)  
Solde des paiements courants : 60 M US$ (2005)  
Balance commerciale : 4,7 Mds US$ (estimation 2005) ; 3,3 Mds US$ (2004) ; - 2,9 Mds US $  
Principaux clients : Canada, Russie, Pays-bas, Espagne, Chine  
Principaux fournisseurs : Venezuela, Canada, Espagne, Chine, Etats-Unis  
Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB :  
agriculture : 8,2 %  
industrie : 24,3 %  
services : 67,5 % 
 
 
 
Composition du gouvernement de la République de Cuba 
Président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, Commandant en chef Fidel CASTRO RUZ (réélu le 06.03.03)  
 
 
Gouvernement du 3 décembre 1976 
 
remanié les 30.04.94, 24.01.95, 12.05.95, 22.08.95, 19.12.95, 08.11.96, 11.02.97, 11.03.97, 25.10.97, 28.05.99, 28.08.99, 23.10.99, 13.01.00, 19.05.00, 03.05.01, 15.07.02, 28.10.03, 11.02.04, 27.05.04 et le 25.10.06  
 
Premier Vice-Président du Conseil d’Etat et du Conseil des ministres, Ministre des Forces armées révolutionnaires, M. Raúl CASTRO RUZ  
 
Ministres  
Ministre des Relations extérieures, M. Felipe Ramon PEREZ ROQUE (28.05.99)  
Ministre de l’Industrie sidérurgique et mécanique, M. Fernando Acosta SANTANA (13.01.00)  
Ministre de la Santé publique, M. Jose Ramon BALAGUER CABRERA (27.05.04)  
Ministre des Finances et des Prix, Mme Georgina BARREIRO FAJARDO  
Ministre de l’Audit et du Contrôle, M. Gladys BEJERANO PORTELA  
Ministre du Gouvernement, M. Ricardo CABRISAS RUIZ (19.05.00)  
Ministre de l’Intérieur, M. Abelardo COLOMÉ IBARRA  
Ministre du Commerce extérieur, M. Raul DE LA NUEZ RAMIREZ (19.05.00)  
Ministre de la Justice, M. Roberto DÍAZ SOTOLONGO (08.11.96)  
Ministre de la Construction, M. Fidel FIGUEROA DE LA PAZ  
Ministre de l’Industrie de base, Mme Yadira GARCIA VERA (14.10.04)  
Ministre de l’Education, M. Luis Ignacio GÓMEZ GUTIÉRREZ  
Premier vice-ministre pour la Science, la Technologie et l’Environnement, M. Fernando GONZALES BERMUDEZ  
Ministre de l’Informatique et des Communications, M. Roberto Ignacio GONZALEZ PLANAS (13.01.00)  
Ministre de l’Industrie légère, M. Jose HERNANDEZ BERNARDEZ  
Ministre pour l’Investissement étranger et la Coopération économique, Mme Marta Lomas MORALES  
Ministre de la Pêche, M. Alfredo LOPEZ VALDES  
Ministre du Tourisme, M. Manuel MARRERO CRUZ (11.02.04)  
Ministre du Travail et de la Sécurité sociale, M. Alfredo MORALES CARTAYA (23.10.99)  
Ministre du Commerce intérieur, M. Marino MURILLO JORGE (02.06)  
Ministre du Transport, M. Jorge Luis SIERRA CRUZ (25.10.06)  
Ministre de l’Agriculture, Mme Maria del CARMEN PEREZ  
Ministre de la Culture, M. Abel PRIETO JIMÉNEZ (11.02.97)  
Ministre de l’Industrie alimentaire, M. Alejandro ROCA IGLESIAS  
Ministre de l’Economie et de la Planification, M. Jose Luis RODRIGUEZ GARCIA  
Ministre du Sucre, M. Ulises ROSALES DEL TORO (25.10.97)  
Ministre-Président de la Banque Centrale de Cuba, M. Francisco SOBERON VALDES  
Ministre de l’Education supérieure, M. Juan VELA VALDES  
Ministre-président de la Banque centrale de Cuba, M. Fernando GONZALEZ BERMUDEZ  
 
 
 
Politique intérieure 
 
 
Depuis son entrée à La Havane, le 8 janvier 1959, Fidel Castro (né en 1926) n’a cessé de détenir la réalité du pouvoir, cumulant les fonctions de Chef de l’État, Président du Conseil d’État (renouvelé le 6 mars 2003 pour 5 ans), Président du Conseil des Ministres et Premier secrétaire du Parti communiste. Le pouvoir repose également sur les deux piliers que sont le Parti communiste cubain (PCC) et les Forces armées révolutionnaires (FAR) contrôlées par Raúl Castro, frère du chef de l’État, réputé pragmatique et appelé à lui succéder (mais seulement de quatre ans son cadet).  
 
A Cuba n’existe que la presse officielle et l’accès à internet est très strictement limité. L’exercice des droits et libertés doit être conforme aux objectifs de la révolution et le régime met l’accent sur le respect des droits sociaux. Aujourd’hui, c’est surtout dans le sentiment nationaliste que le pouvoir parvient à puiser un certain soutien de la part d’une population qui subit la croissance des inégalités, ainsi que les problèmes de rationnement alimentaire et d’approvisionnement énergétique apparus depuis les années 90. Le régime entretient, non sans succès, le syndrome d’une révolution assiégée par l’ennemi extérieur (une intervention américaine est régulièrement présentée comme étant imminente) et recourt à cet argument pour justifier son attitude à l’égard des opposants, présentés comme des mercenaires à la solde des Etats-Unis, qui mettraient en danger la révolution cubaine. Selon diverses organisations de défense des droits de l’Homme, il y aurait actuellement environ 350 prisonniers politiques à Cuba.  
 
La visite du Pape, en janvier 1998, avait entraîné un relatif assouplissement du régime (libération d’une centaine de prisonniers politiques, tolérance à l’égard de certains mouvements dissidents) et la fin de l’isolement international de Cuba. Mais le régime castriste a relancé la répression au printemps 2003, en emprisonnant 75 dissidents et en faisant procéder à l’exécution de trois personnes ayant détourné un bateau afin de quitter l’île. Les autorités n’ont cessé depuis de souffler le chaud et le froid, procédant alternativement à quelques libérations (15 en ce qui concerne le groupe des 75, souvent à titre conditionnel et de prisonniers à l’état de santé très préoccupant) et à de nouvelles arrestations d’opposants. La seconde moitié de 2005 a donné lieu à un nouveau durcissement du régime : arrestations de dissidents en juillet 2005 (15 personnes sont encore emprisonnées, sans jugement) et accentuation des manœuvres d’intimidation (« actos de repudio ») à l’égard des opposants, en particulier en province. Leurs conditions d’emprisonnement sont très rudes et souvent aggravées par l’isolement, les restrictions du droit de visite, le maintien en détention de personnes en très mauvais état de santé. Le Comité international de la Croix Rouge n’a pas accès aux détenus.  
 
La dissidence locale, très divisée sur l’attitude à l’égard du régime, recherche les moyens nécessaires à une transition non violente. Des programmes ont été présentés par des opposants (programme d’Oswaldo Paya en décembre 2003 ; programme de « Todos unidos », de Vladimiro Roca en février 2004) ; mais tout débat sur ce thème reste rigoureusement proscrit par les autorités. La dissidence a réussi en 2003 à recueillir quelque 25 000 signatures sur un projet de référendum sur les libertés (projet Varela), ignoré par le pouvoir en place, qui a répondu en proclamant dans la constitution le caractère « intangible » de la nature communiste du régime politique cubain. Les opposants sont également parvenus à organiser, le 20 mai 2005, une réunion publique, convoquée par Marta Beatriz Roque (économiste, emprisonnée en mars 2003 et libérée à l’été 2004), qui a rassemblé une partie des mouvements d’opposition ; des élus et journalistes, notamment européens, venus assister à cette réunion, ont été expulsés par les autorités.  
 
 
 
Politique extérieure 
 
A la fin de la guerre froide, Cuba est passée du messianisme au réalisme, priorité étant donnée à l’intégration dans la Caraïbe et au rapprochement avec ses voisins latino-américains. Mais le régime est désormais sur la défensive et exploite la pression américaine pour nourrir le nationalisme de la population et la psychose de l’intervention extérieure ; il cherche par ailleurs à faire obstacle aux condamnations de la communauté internationale (CDH notamment), à mettre en accusation les Etats-Unis (question iraquienne, prisonniers de Guantanamo) et à atténuer la pression de l’Europe en la divisant. Avec l’amélioration de sa situation économique, et fort de son alliance avec le Venezuela de Chavez, le gouvernement cubain a adopté une politique extérieure plus active, destinée à faire apparaître les politiques menées par Cuba et le Venezuela comme une alternative à celles que conduisent les Etats-Unis.  
 
Le rôle que Cuba entend jouer dans le « basculement à gauche » de l’Amérique latine : Cuba se sent conforté dans son opposition systématique à la politique américaine par son alliance avec le Venezuela et l’émergence de gouvernements de gauche en Amérique latine (notamment élection d’Evo Morales en Bolivie) pour relancer son influence idéologique. Si le Venezuela offre du pétrole à bas prix, Cuba offre la santé et des possibilités de formation supérieure. La carte qu’elle joue consiste à proposer à un grand nombre de pays une aide médicale, en particulier en ophtalmologie, par l’envoi de médecins, le traitement à Cuba de malades (initiative « Operación milagro » : opération miracle) et la formation à Cuba de médecins. De nombreuses bourses d’étude à Cuba sont également proposées aux étudiants latino-américains. Il s’agit de montrer aux opinions latino-américaines la possibilité d’une alternative au libéralisme et au modèle américain (ou en tout cas à la présentation qui en est faite). Cuba s’associe également à l’initiative ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques) de M. Chavez, destinée à contrecarrer le projet américain de ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques).  
 
Etats-Unis : La politique des Etats-Unis à l’égard de Cuba est basée sur la volonté de favoriser une évolution du régime vers une démocratie pluraliste. Elle recourt à cet effet à des moyens de pression extérieure (embargo) et au soutien apporté à l’opposition au régime. Le poids du vote de l’exil cubain en Floride est un élément incontournable de la politique américaine à l’égard de l’île, la frange de l’exil émigrée aux Etats-Unis, notamment en Floride, exerçant un lobbying très important sur la classe politique américaine. Aux premières générations, partisanes d’un interventionnisme américain « agressif » et soucieuses de reprendre un jour possession des biens qu’elles avaient été contraintes d’abandonner sur l’île, ont toutefois succédé de nouveaux acteurs, plus modérés et désireux que le sort de Cuba soit décidé par les Cubains, y compris les dissidents restés sur place.  
 
L’embargo économique, instauré par les Etats-Unis en 1961 par le Foreign Assistance Act, vise à favoriser un changement de régime. L’ensemble des sanctions économiques contre Cuba a été codifié en 1996 par le Cuban Liberty and Democratic Solidarity Act, plus connu comme la « loi Helms-Burton ». L’embargo signifie l’interdiction des exportations et des importations, directes ou indirectes, par toute « U.S. person » (incluant les succursales et les filiales étrangères d’entités américaines) de produits, technologies et services à destination ou en provenance de Cuba. Quelques exceptions existent concernant les publications, œuvres d’art et supports d’information, ainsi que, aux termes de deux lois, le « Cuban Democracy Act of 1992 » (CDA) et le « Trade Sanctions and Export Enhancement Act of 2000 » (TSRA), certains aliments, médicaments et produits agricoles. Les Etats-Unis sont ainsi devenus, paradoxalement, depuis 2000, le 1er fournisseur de produits agroalimentaires de Cuba, avec plus de 25% de part de marché. Les avoirs cubains aux Etats-Unis sont totalement gelés, qu’ils soient publics ou privés, et les transactions financières avec Cuba sont interdites.  
 
En 1996, la loi Helms-Burton, dans ses Titres III et IV, a mis en place des sanctions pouvant s’appliquer à des exportateurs non américains. Ces règles, de portée extraterritoriale, permettent en effet à des Américains d’introduire des actions judiciaires à l’encontre de personnes étrangères se livrant à des activités de trafic sur des biens cubains nationalisés par le régime de Castro (Titre III), et au Department of State américain de refuser d’accorder un visa et d’interdire l’accès au territoire à ces personnes (Titre IV). Depuis un accord entre l’Union européenne et les Etats-Unis en avril 1997, le Titre III a continuellement été suspendu, par le Président Clinton, puis par le Président Bush, à l’égard de l’Union Européenne. Le Titre IV, en revanche, reste virtuellement applicable.  
 
L’administration du Président Bush privilégie une politique de durcissement de l’embargo (restriction depuis juin 2004 des visites et transferts de fonds des familles d’exilés). Les exilés cubains ne peuvent rendre visite aux membres de leur famille proche que tous les 3 ans, pour une période limitée à 14 jours et sous réserve d’obtenir une licence. Lors de ces visites, ils ne peuvent pas dépenser plus de 50 $ par jour sur place. Les transferts de fonds (« remesas ») envoyés par les exilés cubains à leurs familles sont plafonnées à 300 USD par période de 3 mois.  
 
Les Etats-Unis, à travers la Section des intérêts américains à La Havane, mènent également une politique active de soutien à la société civile, ainsi qu’une action destinée à faire connaître à la population les manquements aux droits de l’homme.  
 
Union européenne : La « Position commune » de l’UE (décembre 1996) soumet l’approfondissement du dialogue et de la coopération à des progrès concernant les droits de l’Homme et les principes démocratiques. L’UE a condamné la répression du printemps 2003 en décidant, le 5 juin 2003, de restreindre ses contacts politiques avec les autorités cubaines et d’inviter les dissidents aux fêtes nationales. En réaction, Cuba a annulé les programmes de coopération avec les gouvernements de l’UE (dont le principal bénéficiaire était la population cubaine) et appliqué un gel protocolaire à leurs ambassades, qui s’est traduit par l’arrêt de tout contact entre les autorités et les représentations diplomatiques.  
 
L’Union européenne a proposé, le 14 décembre 2004, une série de mesures destinées à conduire le régime cubain à de premiers gestes de détente, tout en maintenant une pression appropriée sur celui-ci. Cuba a réagi à cette annonce en rétablissant ses relations avec l’ensemble des représentations de l’UE (Etats et Commission). 6 nouveaux prisonniers politiques ont été libérés, de façon conditionnelle (portant alors à 14 le nombre de libérations de prisonniers politiques condamnés au printemps 2003). Le 31 janvier 2005, l’UE suspendu les mesures de juin 2003. Parallèlement, les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé de développer un dialogue plus intense et plus régulier avec l’opposition politique et des secteurs plus larges de la société civile. L’UE a ainsi créé les conditions de l’établissement d’un dialogue critique avec les autorités cubaines, qui lui permet d’encourager le régime à libérer les prisonniers politiques et à progresser dans le domaine des droits de l’homme. Les décisions adoptées par le CAG le 31 janvier ont été renouvelées le 13 juin 2005.  
 
A cette date, les décisions de l’UE n’ont pas donné lieu à une réponse positive de la part des autorités cubaines. Le régime a même donné des signes de durcissement. Le seul fait positif est que le gouvernement cubain ne se soit pas opposé à la tenue le 20 mai 2005 d’une Assemblée de la dissidence, convoquée par Marta Beatriz Roque, qui a réuni une partie des mouvements dissidents. Mais de nouvelles arrestations ont eu lieu les 13 et 22 juillet, à l’occasion de manifestations de l’opposition ; parmi elles, 15 personnes sont encore emprisonnées et en attente de jugement. La France et ses partenaires européens demandent instamment leur libération. Un seul nouveau prisonnier politique a été libéré, en décembre 2005, de façon conditionnelle, pour raisons de santé (portant à 60 le nombre d’opposants condamnés en mars 2003 encore emprisonnés).  
 
Les relations UE-Cuba sont également marquées par le vote d’une résolution critique à l’égard de Cuba présentée annuellement devant la Commission des droits de l’homme des Nations unies. En 2005, les 25 Etats membres ont décidé de co-parrainer cette résolution (une majorité le faisait déjà depuis 2003). Inversement l’UE marque son désaccord avec les mesures de restriction des échanges économiques en votant chaque année, à l’Assemblée générale des Nations unies, en faveur de la résolution condamnant l’embargo.  
 
L’UE est le principal partenaire commercial de Cuba (60 % du commerce extérieur). En 2004, notamment en raison de l’euro fort, ses exportations ont toutefois été en baisse pour la troisième année consécutive (-11,3 %, pour 972 M Î) ; parallèlement ses importations ont augmenté de 54,4 % (687 M Î), entraînant une baisse du solde commercial de 47 % (285 M Î). Cuba s’approvisionne en UE essentiellement avec l’Espagne (32 %) et l’Italie (31%) et exporte principalement vers les Pays-Bas (64 %, essentiellement du nickel) et l’Espagne (18 %, en majorité du tabac).  
 
 
 
Economie 
 
 
Deux économies coexistent à Cuba : la première concerne le secteur exportateur, les investissements étrangers, le tourisme et toutes les entreprises en contact avec les détenteurs de devises. Cette économie utilise le « peso convertible » (surévalué : 1 peso convertible = 1,08 US $) et a pour objet principal de capter les devises. A l’inverse, en dehors de ces circuits, la population doit utiliser le peso cubain (1 peso convertible = 25 pesos cubains), dans le cadre d’un système de prix administrés et d’approvisionnement restreint (avec la « libreta », carnet d’alimentation pour les magasins d’Etat). La population doit donc à la fois faire face à des salaires moyens faibles (12 US $ / mois), à l’insuffisance de la « libreta » et au fait que de nombreux produits (essence notamment) ne sont accessibles qu’en peso convertible.  
 
Dans les années 90, l’économie cubaine, soumise depuis 1962 au blocus américain, a dû s’adapter à l’effondrement du bloc soviétique et des réformes ont été réalisées afin de permettre l’initiative privée et d’attirer les investisseurs. La croissance avait repris à partir de 1995, avec pour moteurs le tourisme, principale source de devises, le nickel et le sucre (en repli depuis plusieurs années et en restructuration - fermeture d’une coopérative sucrière sur deux - depuis 2002). Elle s’est ensuite essoufflée (2,9 % en 2001 ; 1,2 % en 2002). Mais 2003, avec une croissance de 2,6%, a été le début d’une inversion de tendance, qui s’est confirmée depuis, en raison de la forte reprise du tourisme, des ventes en devises sur le marché interne, des efforts dans la production des hydrocarbures et de la forte hausse du nickel. 2004 a confirmé ce regain d’activité, avec une croissance de 5 %. Ce chiffre est cependant à nuancer, car il s’explique en partie par l’intégration dans le calcul du PIB, pour la première fois, de paramètres sociaux tels que les services gratuits et les subventions étatiques pour l’alimentation, la santé, les transports et les services.  
 
La croissance s’est confirmée en 2005 ; elle est pour l’instant difficile à chiffrer : le gouvernement cubain évoque une croissance de 11,8 %, tandis que divers organismes estiment qu’elle devrait se situer autour de 8 %. Cette différence d’appréciation est due à la diversité des éléments intégrés dans le calcul (notamment paramètres sociaux et ventes de services cubains à l’étranger). Ses principaux moteurs ont été : le tourisme (2,3 M de touristes, pour un revenu de 2,2 Mds $, +12 % ; le tourisme intervient pour plus de 41 % dans la balance des paiements), les transferts de fonds (« remesas », environ 1,3 Mds $, en baisse de 15 % après les 1,5 Md $ de 2004, en raison des mesures adoptées par les USA en juin 2004 afin de les restreindre), le nickel (1 Md $ d’exportations), la hausse de la production de pétrole et de gaz (+8,8 %), les exportations de services. La production minière a continué sa progression : Cuba est le 5ème producteur mondial de nickel, à un moment où les cours sont à leur plus haut niveau historique ; en raison de la vétusté de ses installations minières, Cuba a cependant des difficultés à répondre à la croissance de la demande et s’engage, avec l’aide d’entreprises de la Chine, du Canada et de l’Allemagne, dans des investissements lourds : le doublement de la production est envisagé pour 2008. Les secteurs pharmaceutique et biotechnologique (recherche et production de médicaments et de vaccins) contribuent à la croissance, ainsi que les télécommunications, avec l’installation de nouveaux réseaux téléphoniques et la digitalisation croissante. Globalement, la reprise s’est ainsi confirmée dans tous les secteurs, hormis le sucre (dont la production a trouvé, avec environ 1,3 Mt, son plus bas niveau depuis près d’un siècle). En matière d’approvisionnement énergétique, Cuba dispose désormais d’une soupape de sécurité, grâce à un accord (remontant au 30 octobre 2000 et complété le 14 décembre 2004) avec le Venezuela, qui est son premier fournisseur (probablement 90 000 barils / jour), pour l’achat de pétrole à des conditions très intéressantes. Cet arrangement est vital pour l’économie cubaine, mais le revers de la médaille est que la dépendance du pays dans le secteur énergétique reste forte, malgré ses efforts de diversification (Cuba consacre près du quart de ses importations à l’énergie).  
 
2005 n’a pas donné lieu à une amélioration des comptes extérieurs, qui demeurent le principal motif d’inquiétude des autorités, avec un commerce extérieur structurellement déficitaire (en général plus de 3 Mds US $ et donc plus 10 % du PIB), en raison d’une forte dépendance pour l’approvisionnement alimentaire et énergétique, ainsi que pour les biens d’équipement. Le déficit commercial s’est en effet creusé, passant de - 2,9 Mds US $ en 2003, à 3,3 Mds US $ en 2004, il pourrait atteindre 4,7 Mds US $ en 2005. Les exportations auraient atteint en 2005 2,5 à 2,6 Mds US $ (+ 15 %), tandis que les importations ont atteint 7,3 Mds US $ (+30 %). Les exportations de services ont connu un véritable boom de croissance (doublement), notamment les services médicaux et sportifs (+ 700 M $) ; le Venezuela est le principal acheteur de ces services (160 000 Vénézuéliens seraient ainsi venus subir une opération des yeux), mais le Honduras, le Panama et, depuis peu, avec l’élection d’Evo Morales, la Bolivie, sont également concernés. Plus des deux tiers des échanges sont par ailleurs assurés par 4 postes : tourisme (42 % des recettes courantes), nickel (13 %), sucre (6 %) et tabac (5%). Face à cette situation, Cuba a cherché, avec succès, à diversifier ses partenaires commerciaux (développements des échanges avec la Chine, le Vietnam, le Venezuela, le Canada).  
 
Cuba a dû faire face en 2005 à une série de difficultés. La sécheresse (particulièrement vive en 2005) et les ouragans ont affecté fortement la production agricole et la distribution de l’électricité. L’achat d’unités électrogènes décentralisées à l’Allemagne et à la Corée du sud semble avoir permis de limiter les coupures d’électricité, sources importantes de mécontentement, et la fourniture par la Chine de centaines d’autobus et de véhicules permettra d’améliorer le transport. Cuba évolue par ailleurs dans un contexte financier difficile. Le problème du service de la dette, qui n’est plus assuré depuis 1986, lui ferme normalement l’accès à tout financement, sauf à court terme. La dette considérée comme active par les autorités cubaines est de 5,8 Mds US $, mais la dette immobilisée depuis le moratoire de 1986 s’établit à 8 Mds US $, dont 5 pour les créanciers du Club de Paris et 3 vis-à-vis de banques commerciales. Cuba a également une dette de 15 à 20 Mds US $ contractée à l’égard de l’ancienne URSS, mais elle en conteste le montant et le fondement. Cuba trouve cependant des sources de crédit auprès de prêteurs privés et d’un pays comme la Chine. Combinée avec le déficit commercial cette situation est à la source d’une crise des liquidités chronique, qui a conduit les autorités à augmenter en mai 2004 les prix à la consommation en dollars (15,4 % en moyenne). Le gouvernement cubain a également ordonné, fin octobre 2004, la substitution du dollar par le peso convertible pour toutes les transactions et paiements en cash sur le territoire national, puis, le 30 décembre, la prise de contrôle absolue par la Banque centrale des ressources en devises des entreprises et, les 17 et 25 mars, une réévaluation de la monnaie cubaine à l’égard du dollar. Ces mesures ont abouti à une augmentation des réserves en devises de la Banque centrale, qui auraient atteint entre 2,5 et 3,5 Mds US $. Ce montant n’assure toutefois qu’une couverture de 3 à 5 mois des importations de biens et de service, ce qui constitue une contrainte forte dans un contexte d’embargo. La politique de la Banque centrale vise par ailleurs à faire converger le peso cubain et le peso convertible, afin de n’avoir qu’une seule devise. Enfin, on assiste depuis 2004-2005 à un mouvement de restrictions de l’initiative privée : des obstacles ont à nouveau été mis à son développement et le nombre de petits entrepreneurs aurait réduit sensiblement ; le régime semble inspiré dans cette décision par le souci d’éviter le développement des inégalités et la diffusion de mentalités portées à l’initiative individuelle et à la concurrence. Il s’agirait en somme de faire barrage à toute forme de libéralisation, la libéralisation économique étant perçue comme un danger pour la « révolution ».  
 
Le budget 2005 affichait clairement une priorité donnée au social : l’éducation et la science, la santé, la sécurité sociale ont reçu 65 % des dépenses, la rénovation de logements 25 % et les services communaux 4 %. L’Etat cubain tient au maintien de ses deux fleurons : l’universalité et la gratuité de l’accès au soin ; son taux élevé de scolarisation.

 

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